Sandrine Fleury

Sandrine FLEURY,
Présidente du MEDEF Touraine

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues, chers amis,

 

 

Je suis très heureuse de vous retrouver pour notre AG qui est un évènement important dans le calendrier des entrepreneurs tourangeaux. Votre  présence nombreuse de ce soir témoigne de l’intérêt que vous lui portez.

 

Lors de notre dernière AG, le 18 mai 2017, vous m’avez honorée de votre confiance en  m’élisant à la tête de votre Medef Touraine.

Quelques jours plus tôt, le 7 mai, les Françaises et Français élisaient Emmanuel Macron comme Président de la République.

Un an donc déjà que nous avons un nouveau président de la République avec un nouveau gouvernement et de nombreux nouveaux parlementaires.  A l’échelle du temps, un an n’est rien. Toutefois nous pouvons constater que beaucoup de choses se sont passées depuis mai 2017.

  1. La réforme du code de travail par ordonnances en septembre dernier est une étape importante dans la construction d’un nouveau droit du travail en phase avec la réalité quotidienne de nos entreprises.

En leur donnant la capacité d’adapter les règles de travail au plus près de leurs besoins, en simplifiant le dialogue social, en encadrant certaines pratiques (prud’hommes par exemple), cette réforme donne un cadre qui permet une plus grande agilité au service de la compétitivité de nos entreprises.

  1. Quelques réformes ont également eu lieu en matière fiscale : La suppression de l’ISF, remplacée partiellement par l’IFI. La taxation uniforme (flat tax) à 30% sur l’ensemble des revenus de placements mobiliers [des dividendes], la baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,33 % à 25% d’ici 2022.

La transformation du CICE en baisse progressive des cotisations sociales.

  1. Un projet de loi  en cours, dénommé loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Elle intégre principalement la réforme de  l’apprentissage et de la formation professionnelle de nos salariés, des jeunes et des demandeurs d’emplois. Elle devrait ainsi permettre de mieux prendre en compte les besoins en termes d’effectifs et de compétences de nos entreprises.

 

Comme je l’évoquais lors de notre soirée de remise de l’annuaire, la reprise économique est présente et  le moral de nos chefs d’entreprises est au plus haut depuis les dix dernières années, même si une pause semble déjà se marquer depuis quelques semaines. Ce développement économique est  malheureusement freiné, voire bridé, par un manque cruel de main d’œuvre qualifiée alors que les chiffres du chômage restent désespérément élevés. Il est rageant de ne pas bénéficier pleinement des conditions favorables du moment et de se contenter d’un dynamisme contraint. Le mal doit être pris à sa source en mettant à plat nos systèmes de formation initiale et continue ainsi que l’apprentissage.

Ce projet de loi intègre également un volet assurance chômage qui permettra d’indemniser certains démissionnaires et indépendants. Il évoque également le recours aux contrats courts et leur taxation éventuelle. Enfin, il prend aussi en compte l’égalité professionnelle femmes-hommes et l’emploi des personnes en situation de handicap.

  1. Un projet de loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) qui aurait pour finalité d’améliorer les performances des TPE et PME et de mieux associer les salariés aux résultats des entreprises.

Cette loi devrait acter un certain nombre de mesures favorables aux entreprises : suppression partielle du seuil de 20 salariés par exemple ; guichet unique création d’entreprise, suppression du forfait social 20% sur participation et ou intéressement en fonction des effectifs, etc…

 

Ces réformes semblent aller dans le bon sens. Nos élus nationaux ont compris qu’il était indispensable de fertiliser le terreau France qui permettra ainsi  la création et le développement de nos entreprises. Tout ceci au profit de l’économie et donc de l’emploi.

Enfin, nous sommes passés d’une ambiance anti-entreprises à une ambiance pro-entreprises.

Les réformes évoquées ci-avant sont nombreuses et semblent ambitieuses.  Toutefois certaines sont perfectibles et  sources d’interrogation pour notre Medef et vous, chefs d’entreprises.

Nous percevons une volonté d’imposer une présence prégnante de l’Etat dans différents sujets.

Permettez-moi de vous citer quelques exemples démontrant cet interventionnisme :

 

  • Le gouvernement prend bien en compte notre engagement de négocier dans les branches la taxation des contrats courts ; il se réserve par contre la possibilité de déclencher un bonus-malus sans en préciser les critères de déclenchement.

 

  • Le gouvernement entend cadrer fortement la gestion paritaire de l’assurance-chômage, ce qui posera la question de notre place dans un paritarisme où nous ne pouvons plus véritablement exercer nos responsabilités.

 

 

  • La feuille de route donnée par le gouvernement aux partenaires sociaux sur la formation professionnelle était partiellement tronquée. Ainsi, le texte de loi prévoit notamment la création de l’agence nationale France compétences. Le schéma de collecte et de gestion des contributions formation et apprentissage semblent laisser la possibilité à l’Etat de reverser à Bercy d’éventuels excédents de ces fonds.

 

Nous savons que le fléchage des fonds peut parfois se perdre dans les méandres des organismes publics.

 

Le rythme choisi [vitesse choisie] par le président de la République et son gouvernement doit également être descendante et se retrouver au niveau des services publics. Nous savons que ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

Sur des sujets tels que l’apprentissage et la formation, il est nécessaire d’aller vite dans les réponses à apporter  aux  besoins de  nos entreprises. Notre monde économique évolue également très vite, nos entreprises doivent s’adapter rapidement. Elles ont donc besoin de pouvoir former rapidement  leurs salariés à ces évolutions. France Compétences ne doit pas devenir un « énième machin » administratif ralentisseur d’adaptation.

 

  • Je pourrai également évoquer le maintien de la loi relative au prélèvement à la source qui génèrera demain de nouvelles obligations envers nos entreprises. Ici, la complexité a été de mise dans un système qui aurait pu être simple et clair pour tous. Le MEDEF est favorable à un prélèvement à la source contemporain des revenus mais s’insurge contre l’usine à gaz qui nous est de nouveau imposée. Elle alourdira le travail de l’entreprise et sera un coût supplémentaire, notamment pour les plus petites. Je remercie par contre Monsieur le Directeur Départemental des Finances Publiques qui viendra nous faire une présentation du dispositif applicable au 1er janvier 2019,  le 5 juillet prochain. Je vous invite à y participer nombreux.

 

 

Malgré toutes ces réformes  engagées, des sujets importants n’ont pas encore été traités à ce jour :

 

  • Baisser les dépenses publiques. Je rappelle que celles-ci représentaient en 2017 56 % du PIB (45 % en Allemagne) et que la dette de l’Etat français en représente presque 97 % (66 % en Allemagne), soit près de 2.300 milliards €. C’est 2.665 € par seconde ! C’est-à-dire, depuis que je vous parle, nous nous sommes endettés de presque 500.000 € et que, sur la durée de notre Assemblée Générale de ce soir, notre dette nationale se sera accrue de quasiment 24 millions €. C’est vertigineux ! Tant que ce chantier ne sera pas pris à bras le corps, les marges d’actions en terme de baisse d’impôts seront limitées.

 

  • Accélérer la réduction des prélèvements sur les entreprises. Les prélèvements obligatoires en France sont actuellement de 45,6 % (39,6 % en Allemagne).

 

  • Accélérer le chantier de la simplification réglementaire et administrative.

 

 

Nous devons rester mobilisés, vigilants et actifs car il demeure beaucoup à faire !

 

Nous devons également faire preuve d’agilité, d’innovation dans notre accompagnement auprès de nos élus et de nos chefs d’entreprises.

Le Medef doit se rénover et se réinventer.  La cadence soutenue  dans les réformes par le Président de la République nous a parfois  bousculés, voire malmenés. Ainsi, nous nous retrouvons, par exemple,  à devoir expliquer pourquoi le projet de loi voulant modifier l’article du code civil faisant référence à  l’objet social de l’entreprise  nous semble   dangereux. Cette opposition n’est pas forcément comprise par le grand public, voire par certaines entreprises.

Elle nous fait parfois passer pour un Medef rétrograde. A mon sens, nous n’avons pas su anticiper et devancer cette évolution.

 

Aujourd’hui tout, absolument tout, change autour de nous très vite : environnement économique, politique, sociétal, social, environnemental, évolutions technologiques, etc…  Ces évolutions créent de nouveaux besoins et de nouveaux défis à relever. Tenir compte de ces changements est un impératif absolu.

 

La donne politique a changé. Beaucoup des mesures prises par le Gouvernement vont dans le bon sens, il faut le reconnaître. Cela conduit d’ailleurs certains à remettre en cause l’existence même du Medef et des corps intermédiaires.

 

Nous savons, en tant que chefs d’entreprises, que sans remise en cause, sans ouverture d’esprit, sans volonté farouche d’inventer et d’innover nous, entreprises, péricliterons. Il en est de même pour le Medef.

 

Vous savez que le mandat de Pierre Gattaz prendra fin le 3 juillet prochain. Je tenais à le remercier chaleureusement ce soir auprès de vous pour tout le travail accompli au cours de ces 5 dernières années. Pierre a dû pendant une bonne partie de son mandat prendre une posture de combat pour faire face un gouvernement qui était  hostile aux entreprises.

Les modalités d’élection du futur président du Medef permettent à notre Medef Touraine de s’exprimer par les deux voix qui lui sont attribuées.

Avec les membres de notre Conseil d’Administration, nous avons souhaité que les dirigeants de nos entreprises adhérentes puissent être acteurs de cette élection. Même si le scrutin ne se déroule pas au suffrage universel direct, nous souhaitons recueillir votre avis sur le candidat qui vous parait le plus en phase avec vos souhaits d’entrepreneurs. Ainsi, vous avez pu avoir l’occasion de rencontrer l’ensemble des candidats le 27 avril dernier. Notre Conseil d’Administration en tiendra compte dans le mandat qu’il me confiera, ainsi qu’à l’un de nos vice-présidents, pour voter pour le candidat qui aura recueilli majoritairement vos voix. Nous vous solliciterons très prochainement à cet égard.

 

 

Il faut profiter de ce moment pour débattre, car je crois que notre organisation est face à des enjeux majeurs :

  • Transformation et accompagnement de nos entreprises dans la transition numérique

 

  • Poursuite des réformes nécessaires à la performance de nos entreprises (fiscalité, coût du travail, formation par exemple…)

 

  • Positionnement institutionnel (devons-nous continuer à être présents dans les négociations entre partenaires sociaux, encadrées et orientées par l’Etat ? Devons-nous continuer à participer aux organismes paritaires sans que les partenaires sociaux soient  réellement autonomes et responsables ?)

 

  • Fonctionnement et organisation du Parfois, ce dernier ressemble dans son fonctionnement à un paquebot difficile à manœuvrer. Certains adhérents et élus du Medef peuvent parfois ressentir une forme de parisianisme.

 

  • Financement de notre Mouvement : si nous voulons être libres de nos choix et de notre parole, nous devons être totalement autonomes financièrement. C’est vrai à 90 % en Touraine, cela reste à améliorer nationalement, même si nous sommes l’organisation la moins dépendante de subventions publiques.

 

 

 

Le futur ou la future présidente devra notamment :

  • Etre un rassembleur de la cause patronale tous secteurs et tailles confondus. Il ou elle devra être en capacité de stopper cette image : Medef = la voix des seules sociétés cotées
  • Etre à l’écoute de ses adhérents et les accompagner dans leur quotidien. Les accompagner également dans l’application des réformes faites récemment.
  • Veiller à l’équilibre entre territoires, branches, petites, moyennes et grandes entreprises.
  • Garantir l’indépendance de notre mouvement
  • Adapter le Medef aux nouvelles générations d’entrepreneurs tout en préservant ses fondamentaux
  • Continuer de faire respecter la voix de l’entreprise.

 

Afin de mener à bien l’ensemble des réformes, nous avons besoin que le Medef continue à être reconnu comme la première organisation patronale auprès de ses pairs (les entreprises et leurs branches professionnelles). Mais notre Medef doit également être reconnu auprès d’un public plus large : les Français. Nous avons besoin des Français pour obtenir les réformes et évolutions nécessaires. Cette bataille est indispensable, à mon sens, afin que nos élus ne soient pas tentés de se passer de nous. Notre organisation doit rester un acteur central et incontournable qui permettra d’accompagner nos entreprises dans leurs besoins et qui permettra à nos élus d’être soutenus dans les réformes qu’ils souhaitent mettre en place.

 

 

Pour cela, nous avons besoin de toutes les forces vives, il faut que le Medef soit fort en étant présent  et représentatif sur chaque territoire. Cette représentativité passera forcément par des adhésions croissantes au sein de notre mouvement et par votre engagement pour la cause de l’entreprise.

Le fait que nous ayons un Gouvernement apparemment pro-business, ne doit pas être un facteur de relâchement de la mobilisation patronale. Les retournements de conjonctures mais aussi politiques sont rapides et brutaux. Nous devons toujours rester sur le qui-vive mais aussi rester force de propositions et de progrès.

 

La voix de l’entreprise c’est également et surtout celle portée  par vous entrepreneurs au quotidien auprès de vos salariés, de vos élus locaux et vos différents partenaires publics ou privés. Soyez fiers de vos entreprises et de leur rôle sur leur territoire.

 

Qu’à nos différentes réunions chacun vienne avec un ou deux de ses collègues entrepreneurs qui ne nous ont pas encore rejoints. Soyons nous-mêmes acteurs de notre développement et demain nous serons plus forts, mieux écoutés et surtout mieux entendus.

 

Ensemble nous saurons construire notre  Medef de demain.

 

Le Medef c’est avec vous, pour vous, le Medef c’est nous !